Moïse aurait dû être noyé à la naissance ! Ainsi en avait décidé Pharaon pour tous les petits garçons hébreux.
Mais sa maman ne put se résoudre à le jeter dans le Nil : elle l’installa dans un petit couffin bien étanche qu’elle posa délicatement à la surface du fleuve. Et son secret espoir fut exaucé : recueilli par la fille du Pharaon, le bébé fut sauvé, adopté, choyé, éduqué.
En même temps, la maman réussit à se placer incognito comme nourrice au service de cet enfant. Tout cela était hasardeux, peut-être, mais la foi autorise bien des risques. Et ce monde-là était croyant.
Dieu n’avait-il pas promis de sauver son peuple ?
A l’occasion d’une famine au pays de Canaan, vers 1650 avant .J.C., les descendants d’Abraham sont venus chercher du secours en Egypte. Celle-ci, on le sait, bénéficie chaque année des crues du Nil qui apportent la richesse agricole à toute cette vallée, tandis que le pays de Canaan, lui, connaît parfois des périodes de sécheresse et de famine. Bien accueillis au début, et bénéficiant de la notoriété de leur frère Joseph, devenu grand vizir du Pharaon, les Hébreux s’installèrent durablement.
Les siècles ont passé ; les hôtes du début sont devenus des immigrés; ils ont fait souche et, dans un premier temps, cela ne dérangeait personne. Mais, au fil des siècles, ils se sont multipliés ; alors peu à peu s’est installée la méfiance. Ces étrangers sont par trop envahissants, et l'on parle d'eux comme on le ferait des insectes, avec un vocabulaire péjoratif et méprisant : « Ils pullulent! » dit-on. « Ils mangent notre pain et s'il y avait la guerre ? De quel côté seraient-ils ? »
En même temps, pas question de les renvoyer ! La politique de grands travaux du Pharaon a besoin de main d’œuvre et celle-ci est à bon marché. Il suffit de les empêcher de se multiplier. La bonne manière, c'est simple, il n'y a qu'à tuer tous les petits garçons à la naissance ! Quant à ceux qui sont déjà nés, on les encadre et on en fait des esclaves.
Moïse, lui, a tiré le gros lot ! Adopté par la fille du Pharaon, il vit dans le luxe à la cour du Pharaon. Mais il n’oublie pas ses origines : sa maman qui est sa nourrice, lui parle du Dieu de leurs pères et du beau pays promis. Ici, Moïse est un privilégié, mais les siens sont maltraités. Un jour, il lui faudra bien prendre parti !
Finalement, cela s'est fait tout seul : un jour, pendant sa promenade, Moïse voit un Egyptien frapper un Hébreu ; alors, son sang ne fait qu'un tour, il tue l'Egyptien et cache son corps dans le sable. Sans le savoir, il a choisi son camp.
Le lendemain, il se promène de nouveau tout seul et cette fois-ci il voit deux Hébreux se battre entre eux. Alors, il leur fait la morale, mais sa petite leçon est très mal reçue. On lui répond : « Occupe-toi de tes affaires... d'ailleurs tu ferais mieux de te cacher après ce qui s’est passé hier ! » Moïse comprend qu'il a été vu la veille, quand il a tué l'Egyptien. Il ne lui reste plus qu'à fuir très vite pour échapper à la colère de Pharaon car tôt ou tard, cette histoire viendra à ses oreilles.
C'est ainsi que Moïse s'enfuit dans le désert du Sinaï.Il est accueilli dans une famille, il se marie et devient berger.
Moïse est certainement à ce moment-là dans les meilleures conditions qui soient pour rencontrer Dieu et recevoir sa vocation. D'abord, il est sensible à la misère de ses frères, puisqu’il a pris des risques pour s’engager à leurs côtés, en tuant un Egyptien pour sauver un Hébreu. Comme dit le texte hébreu, il est « sorti » vers ses frères, il a quitté sa tour d’ivoire et il a vu leur malheur.
En même temps, il a pris la mesure de son impuissance, car le seul geste qu’il ait osé est un échec : en tuant l’Egyptien, il s’est lui-même condamné à l’exil et donc à ne plus rien pouvoir faire pour les autres. Il est désormais un paria et même ses frères de race ne lui reconnaissent aucune autorité. Plus tard, on dira de lui qu’il « était l’homme le plus humble que la terre ait porté ». (Livre des Nombres 12, 3).
C’est cet homme pauvre qui s’approcha un jour d’un étrange buisson en feu : la flamme jaillissait, toujours neuve, et le buisson n’était pas brûlé, au contraire, il devenait de plus en plus beau ! Et de l’intérieur du buisson, une voix s’éleva.
Moïse a tout de suite compris que c’était Dieu lui-même qui lui parlait. Son premier réflexe fut de se voiler le visage, par peur tout simplement.
Qui oserait regarder vers Dieu ?
Et la voix lui dit : « N’approche pas d’ici ! Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. »
Le geste de retirer ses sandales est le symbole du dépouillement indispensable pour affronter la présence de Dieu.
La voix continue : « J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. »
Alors, Moïse, dont le premier réflexe a été de se voiler le visage, comprend qu’il n’y a pas à avoir peur. Il découvre ce que personne n’avait encore imaginé : la présence intense de Dieu au coeur de la détresse des hommes.
Cette voix s’est gravée pour toujours dans sa mémoire et dans son cœur. C’est là qu’il a puisé l’incroyable énergie qui a fait d’un homme seul, exilé, rejeté par tous, le meneur infatigable que l’on sait et le libérateur de son peuple.
Une nuit de Pâques, en Egypte, quelque part dans le delta du Nil, il transforme des esclaves en hommes libres. Le secret de sa force ? Il sait que Dieu lui-même mène l’entreprise !
Quand le peuple d’Israël se souvient de cette aventure inouïe, il sait bien que son premier libérateur, c’est Dieu. Moïse n’en est que l’instrument.
....Texte de l'onglet...